W E L C O M E 
MANUEL GIRON
MULTIDISCIPLINARY ARTIST

PHOTOGRAPHY . LITERATURE . PAINTING . MUSIC . FILM
UNE NUIT AVEC YOKO ONO

Le hasard n’existe pas, dit-on, mais j’ai de sérieux doutes quant à cette affirmation, après ce qui m’est arrivé sur la plateforme panoramique de l’un des gratte-ciels de Tokyo. Avec ses 238 mètres de hauteur, la tour Mori est l’un des meilleurs points d’observation de la ville. Au dernier étage, à côté de la plateforme, se trouve le Mori Art Museum.
Dans le salon panoramique, des canapés permettent au public d’admirer la ville à travers les vitres; lorsqu’il fait beau, les visiteurs peuvent accéder à la plateforme extérieure, sur une terrasse, et savourer de magnifiques vues à l’air libre. Les jours clairs, le volcan Fuji apparaît dans toute sa splendeur. L’un des principaux attraits du Pays du Soleil levant pour ses visiteurs réside dans le contraste entre tradition et modernité; un fascinant équilibre entre passé et présent y est palpable, et en même temps, le voile se lève sur une partie de l’avenir.
Alors que la nuit approchait, je montai jusqu’à la plateforme extérieure, dans l’intention de prendre quelques clichés du soleil couchant. A l’entrée, certains visiteurs faisaient des selfies, tandis que d’autres dirigeaient leur zoom vers l’horizon. Des nomades urbains capturant les images comme s’il s’agissait de papillons. Des hommes et des femmes des quatre coins du globe parlant toute une variété de langues. Un kaléidoscope humain.
Après une heure passée à photographier la ville, je décidai de faire une pause et de me reposer dans l’un des fauteuils de la terrasse. À ma gauche se trouvait un groupe de personnes engagées dans une conversation animée, et derrière elles, une femme dont la silhouette, les longs cheveux noirs, les lunettes de soleil et la stature me donnaient l’impression – ou l’envie de croire – qu’il s’agissait de Yoko Ono en personne. Hasard ou pure imagination?
Nous nous trouvions au Japon, berceau de cette artiste qui fut la compagne de John Lennon. Autrement dit, tout était possible, avec un peu d’imagination. C’était le bon moment et le bon endroit pour faire «clic», pour soustraire au paysage japonais un coucher du soleil avec celle que je supposais être Yoko Ono. Je ne pouvais en demander davantage. J’appuyai sur le bouton de l’obturateur et me laissai porter par mon imagination.
Tokyo de nuit est quelque chose d’extraordinaire; vue d’en haut, la ville ressemble à un immense océan de lumières… des lumières proches, d’autres distantes, qui de loin rappellent des bateaux à la dérive. Des lumières qui dessinent le paysage nocturne.
A huit heures du soir, la majorité des visiteurs avaient quitté les lieux, et nous n’étions plus que quelques-uns sur la terrasse. La femme qui me semblait être Yoko Ono n’avait pas bougé – peut-être qu’elle restait sous le charme du paysage nocturne, ou était plongée dans ses souvenirs.
Le moment était venu de l’aborder et de vérifier s’il s’agissait effectivement de Yoko Ono ou si cette idée n’était rien d’autre qu’un produit de mon imagination débordante. Je m’approchai d’elle et me présentai en japonais. À partir de ce moment-là, nous parlâmes de beaucoup de choses, mais surtout des réflexions sur un monde meilleur qu’elle et John Lennon avaient imaginé. Un monde libre de nationalités et de drapeaux. Libre de dieux et de religions. Nous estimions tous les deux que les religions et les nationalismes n’avaient servi qu’à diviser l’humanité par le fanatisme et la guerre, et n’avait jamais apporté la paix.
Nous nous demandâmes également ce qu’il était advenu des utopies et des révolutions. Pourquoi les rythmes abrutissants et les cris d’ivrognes aliénés avaient-ils pris possession du présent? Jusqu’où nous mènerait le vide des réseaux sociaux avec ses individus naïfs quémandant de l’affection et leur prochaine dose de dopamine? Pourquoi avions-nous laissé le marché et la consommation faire de nous de simples pièces d’un engrenage?
 «John imaginait un monde différent. Un monde avec moins de misère humaine. Un monde un peu plus juste. Mais il s’est trompé, comme toi et comme moi, parce que ce monde n’est pas possible. L’homme n’a jamais été sage, dans sa stupidité, il s’est cru sage, mais en réalité, il n’est rien d’autre qu’un singe nu», constata Yoko.
Le gardien, qui nous avait observé, s’approcha pour nous informer que nous devions partir, car la fermeture était imminente. Après avoir lancé un dernier regard à l’énorme cité en guise d’au revoir, nous nous retirâmes en silence. Ni elle ni moi ne voulions rompre le charme.
Tokyo de nuit est quelque chose d’extraordinaire; vue d’en haut, la ville ressemble à un immense océan de lumières… des lumières proches, d’autres distantes, qui de loin rappellent des bateaux à la dérive. Des lumières qui dessinent le paysage nocturne. Des lumières sans fin.
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